Discours du président bolivien Evo Morales à l’assemblée des Nations Unies, 25
septembre 2007
Jeudi 27 septembre 2007 par Pierre BEAUDET
Le
monde a une fièvre nommée changement climatique causée par une maladie appelée
modèle de développement capitaliste. Devant cette situation, nous - les peuples
indigènes et les habitants humbles et honnêtes de cette planète - nous croyons
qu’est arrivée l’heure de faire une halte pour nous rencontrer à nouveau avec
nos racines, avec le respect pour la terre mère ; avec la « Pachamama » comme
nous l’appelons dans les Andes.
Sœurs et frères Présidents et Chefs d’État des Nations Unies,
Le
monde a une fièvre nommée changement climatique causée par une maladie appelée
modèle de développement capitaliste. En 10.000 années, la variation du dioxyde
de carbone (CO2) sur la planète a été d’approximativement 10 pourcents. Durant
les dernières 200 années de développement industriel, l’accroissement des
émissions de carbone a été de 30 pourcents. Depuis 1860, l’Europe et l’Amérique
du Nord ont contribué avec 70 pourcents aux émissions de CO2. Enfin, 2005 a été
l’année la plus chaude des dernières mille années sur la planète.
Différentes recherches démontrent que sur 40.170 espèces vivantes étudiées,
16.119 sont en danger d’extinction. Un oiseau sur huit risque de disparaître
pour toujours. Un mammifère sur quatre est menacé. Un amphibien sur trois peut
cesser d’exister. Huit crustacés sur dix et trois insectes sur quatre risquent
l’extinction. Nous vivons la sixième crise d’extinction d’espèces vivantes de
l’histoire de la planète Terre et, à cette occasion, le taux d’extinction est
100 fois plus accéléré que dans les temps géologiques.
Devant ce futur sombre, les intérêts transnationaux proposent de poursuivre
comme avant et de peindre la machine en vert, c’est-à-dire, de continuer avec la
croissance et la consommation irrationnelle et inégale, de produire de plus en
plus de profits sans se rendre compte que ce que nous consommons actuellement
durant une année est ce que la planète produit en une année et trois mois.
Devant cette réalité, la solution ne peut pas être le maquillage
environnemental.
Pour limiter les impacts du changement climatique, je lis dans des rapports de
la Banque Mondiale qu’il faut mettre un terme aux subventions des hydrocarbures,
valoriser l’eau et promouvoir l’investissement privé dans le secteur des
énergies propres. Ils veulent à nouveau appliquer les prescriptions du marché et
privatiser pour faire des affaires avec la maladie même que ces politiques
produisent. La même logique prévaut en ce qui concerne les agro combustibles
puisque produire un litre d’éthanol on requiert 12 litres d’eau. De plus, pour
produire une tonne d’agro combustibles on a besoin, en moyenne, d’un hectare de
terre.
Devant cette situation, nous - les peuples indigènes et les habitants humbles et
honnêtes de cette planète - nous croyons qu’est arrivée l’heure de faire une
halte pour nous rencontrer à nouveau avec nos racines, avec le respect pour la
terre mère ; avec la « Pachamama » comme nous l’appelons dans les Andes.
Aujourd’hui, nous, les peuples indigènes de l’Amérique latine et du monde,
sommes appelés par l’histoire pour nous transformer en avant-garde de la défense
de la nature et de la vie.
Je
suis convaincu que la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples
Indigènes, approuvée récemment après tant d’années de lutte, doit passer d’un
rôle symbolique à la réalité pour que nos connaissances et notre participation
aident à construire un nouveau futur d’espoir pour tous. Qui, sinon nous, les
peuples indigènes, pouvons indiquer la direction de l’humanité pour la
préservation de la nature, des ressources naturelles et des territoires que nous
habitons ancestralement.
Nous avons besoin d’un coup de gouvernail de fond au niveau mondial pour cesser
d’être les damnés de la terre. Les pays du nord doivent réduire leurs émissions
de carbone de 60 à 80 pourcents si nous voulons éviter que la température de la
Terre ne monte de plus de 2 degrés d’ici la fin du siècle conduisant à des
conséquences catastrophiques pour la vie et la nature.
Nous devons nous atteler à créer une Organisation Mondiale de l’Environnement et
à discipliner l’Organisation Mondiale du Commerce qui est occupée à nous mener à
la barbarie. Nous ne pouvons plus continuer à parler de croissance du Produit
National Brut sans prendre en considération la destruction et le gaspillage des
ressources naturelles. Nous devons adopter un indicateur qui permet de
considérer, de manière combinée, l’Indice de Développement Humain et la Trace
Écologique pour mesurer notre situation environnementale.
Il
faut appliquer des impôts élevés face à la super concentration de la richesse et
adopter des mécanismes effectifs pour sa redistribution équitable. Il n’est pas
possible que trois familles aient des recettes supérieures au PIB conjoint des
48 pays plus pauvres. Nous ne pouvons pas parler équité et justice sociale
pendant que continue cette situation. Les Etats-Unis et l’Europe consomment, en
moyenne, 8.4 fois plus que la moyenne mondiale. Pour cette raison, il est
nécessaire qu’ils baissent leurs niveaux de consommation et reconnaissent que
tous nous sommes les hôtes d’une même terre : la même « Pachamama ».
Je
sais que le changement n’est pas facile quand il s’agit pour un secteur
extrêmement puissant de renoncer à ses profits extraordinaires pour que survive
la planète Terre. Dans mon propre pays j’endure, avec la tête haute, un sabotage
permanent parce que nous mettons un terme aux privilèges pour que nous puissions
tous « Vivre Bien » et pas seulement mieux que nos semblables. Je sais que le
changement dans le monde est beaucoup plus difficile que dans mon pays, mais
j’ai une confiance absolue dans l’être humain, en sa capacité de raisonner,
d’apprendre de ses erreurs, de récupérer ses racines et de changer pour forger
un monde juste, divers, inclusif, équilibré et harmonieux avec la nature.
Evo Morales Ayma, Présidente de la Républica de Bolivia
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